A Method for the Baroque Lute Based on Historical Sources

Couverture du livre A Method for the Baroque Lute Based on Historical Sources de Peter Croton, publié par Le Luth Doré® Urtext Editions.
Peter Croton, A Method for the Baroque Lute Based on Historical Sources, Le Luth Doré® Urtext Editions

Une tradition pédagogique fragmentée

Anna Rosina von Lisiewska, Allégorie de l’ouïe, vers 1750 : musicienne jouant du luth, accompagnée d’une figure symbolisant l’écoute.
Anna Rosina von Lisiewska (1713–1783), Allégorie de l’ouïe, vers 1750.

Le paysage pédagogique du luth baroque est longtemps demeuré fragmenté, oscillant entre des transcriptions archivistiques de sources primaires et des manuels introductifs qui manquent fréquemment d’un fondement musicologique durable. Dans ce contexte, A Method for the Baroque Lute Based on Historical Sources de Peter Croton occupe une position distinctive.

Conçu non comme un manuel élémentaire, mais comme un traité pédagogique intensif, l’ouvrage cherche à combler le clivage persistant entre la théorie historique et l’exécution pratique. Au sein de la tradition plus large de la pédagogie du luth, la méthode repose sur le postulat selon lequel la pratique d’interprétation, du milieu du XVIᵉ siècle à la fin du XVIIIᵉ siècle, était fondamentalement gouvernée par la primauté de la rhétorique.

La technique, en conséquence, n’y est pas présentée comme un but autonome, mais comme le moyen par lequel l’intention musicale, conçue rhétoriquement, peut être réalisée dans le son.

L’opus magnum de Peter Croton, A Method for the Baroque Lute based on Historical Sources, pourrait susciter la discussion nécessaire et tant attendue dans le monde du luth.

Ce livre, fort de 336 pages, est longtemps espéré : l’auteur entreprend rien de moins que de replacer l’instrument dans son contexte historique et, au-delà, de présenter une méthodologie cohérente susceptible d’apporter une évolution durable dans le monde du luth.

 

L’ouvrage propose une présentation systématique de l’état actuel de la recherche et – résolument orienté vers la pratique – expose une “nouvelle” (ancienne) manière de jouer fondée sur nos connaissances historiques et organologiques, tout en les développant pour la pratique instrumentale.

Toute personne véritablement intéressée par une approche historiquement informée du Nouvel Accord Ordinaire, que nous appelons aujourd’hui de manière quelque peu superficielle “luth baroque”, ne pourra éviter l’investissement dans cette publication, écrite dans un anglais clair et imprimée avec soin. Ce livre est donc fortement recommandé à tous les instrumentistes sérieux dans la culture de la musique de luth du XVIIIe siècle.

Hubert Hoffmann
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Deutsche Lautengesellschaft, 2023
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La rhétorique comme principe directeur de l’interprétation baroque

Still Life with Books (Stilleven met boeken), Jan Lievens, vers 1627–1628. Cette nature morte de tradition vanitas associe livres, globes et objets d’étude à un étui de luth, évoquant la matérialité du savoir, le travail intellectuel et la tension entre usage, transmission et temporalité.
Jan Lievens (1607–1674), Stilleven met boeken (Nature morte avec livres et objets d’étude), vers 1627–1628

La position méthodologique de l’auteur émerge d’un profil qui conjugue une pratique instrumentale active, une longue expérience pédagogique et un engagement étroit avec les sources historiques. Ayant enseigné dans des institutions telles que la Schola Cantorum BasiliensisPeter Croton conçoit la technique comme le « Grand Facilitateur » : un appareil fonctionnel dont la seule finalité est de donner une forme matérielle à ce qui est déjà imaginé musicalement.

Cette conception inscrit la méthode dans la continuité de la pensée esthétique de l’époque moderne, selon laquelle l’exécution musicale était valorisée non pour sa démonstration mécanique, mais pour sa capacité à émouvoir les passions de l’auditeur par la clarté, la proportion et le contraste affectif. La rhétorique, plutôt que la virtuosité, constitue ainsi le principe organisateur de l’expression musicale.


Sources historiques et fondements musicologiques

Les fondements historiques de la méthode reposent sur une synthèse rigoureuse de traités et manuscrits des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Parmi les sources centrales figurent le Historisch-Theoretisch und Practische Untersuchung des Instruments der Lauten d’Ernst Gottlieb Baron et le Musick’s Monument de Thomas Mace, aux côtés de documents pédagogiques tels que le Miss Mary Burwell’s Instruction Book for the Lute et les écrits de Marin Mersenne.

Frontispice et page de titre de Musick’s Monument de Thomas Mace, 1676, avec portrait de l’auteur.
Frontispice et page de titre de Musick’s Monument de Thomas Mace, Londres, 1676

Plutôt que d’en extraire des règles isolées, la méthode reconstruit un cadre esthétique cohérent en laissant ces sources s’éclairer mutuellement. Les références s’étendent des idéaux rhétoriques de la Camerata florentine et de son stile rappresentativo aux réflexions de l’époque galante de Johann Joachim Quantz dans son Versuch einer Anweisung die Flöte traversiere zu spielen, mettant en évidence la continuité de la pensée rhétorique à travers les traditions instrumentales.

Une caractéristique déterminante de l’ouvrage réside dans son refus de normaliser ou de moderniser le discours historique. La terminologie vernaculaire et les graphies non standardisées sont conservées lorsqu’elles véhiculent des distinctions conceptuelles essentielles, et les conseils techniques sont déduits des priorités formulées par les praticiens historiques eux-mêmes.

Affiche typographique présentant une citation de Peter Croton sur la pratique du luth baroque, affirmant que la technique n’est pas une fin en soi mais le moyen par lequel l’intention musicale se réalise dans le son.

Fondements techniques : main droite, posture et geste instrumental

L’approche technique défendue par la méthode se caractérise par son recours à l’efficacité anatomique, telle qu’elle est comprise à partir des précédents historiques, en particulier en ce qui concerne la position de la main droite et la mécanique du pincement. Au cœur de cette approche se trouvent la position dite du « pouce en dehors » et le placement de l’auriculaire à proximité du chevalet, tous deux étayés par des sources iconographiques et écrites des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles.

Le Luth Doré

Le pincement est décrit comme procédant de l’usage coordonné des articulations de base, permettant vitesse et précision sans tension inutile. Ces principes ne sont pas présentés comme une physiologie abstraite, mais comme des observations pratiques fondées sur les descriptions historiques de l’aisance, de la grâce et du mouvement naturel.

La posture est abordée avec une rigueur comparable. Une position assise ou debout droite, soutenue par une courroie, est préconisée afin de favoriser l’équilibre, la respiration libre et un usage économique du corps. Le maintien physique devient ainsi indissociable de la projection musicale.

Le Luth Doré

L’idiome du luth baroque : accord, résonance et étouffement

Peinture de Giuseppe Maria Crespi représentant une femme assise jouant du luth, vers 1700–1705, huile sur toile au Museum of Fine Arts de Boston.
Giuseppe Maria Crespi (1665–1747), Femme jouant du luth, vers 1700–1705, huile sur toile, Museum of Fine Arts, Boston

L’idiome spécifique du luth baroque fait l’objet d’une attention soutenue. Les complexités de l’accord en ré mineur, la présence de chœurs de basses étendus et les schémas de résonance qui en résultent sont abordés avec un soin particulier. La nécessité d’étouffer les cordes de basse afin de préserver la clarté harmonique n’est pas traitée comme une technique corrective, mais comme une composante intégrale de l’articulation dans les textures polyphoniques.

Il apparaît ainsi que la technique instrumentale procède directement des propriétés acoustiques de l’instrument lui-même, plutôt que d’idéaux mécaniques abstraits.


Peter Croton — Principes fondamentaux du luth baroque


Langage musical et expression rhétorique

Le langage musical tel qu’il est développé dans la méthode est indissociablement lié à la pensée rhétorique. Le phrasé, l’articulation et la dynamique sont constamment envisagés comme des outils expressifs dont la finalité est de mouvoir les affections de l’auditeur. L’interaction entre consonance et dissonance est traitée comme un facteur déterminant de la mise en forme dynamique : les événements dissonants requièrent une mise en relief destinée à susciter les passions, tandis que leur résolution dans la consonance rétablit l’équilibre.

La souplesse rythmique est présentée comme une autre manifestation de la performance rhétorique. Les pratiques paneuropéennes d’inégalité rythmique, notamment les notes inégales françaises codifiées, confèrent vitalité et directionaux lignes mélodiques. L’ornementation s’inscrit dans ce même cadre rhétorique : les ornements brefs, tels que les appoggiatures, fonctionnent comme des dispositifs expressifs incisifs, plutôt que comme des excès décoratifs.

Tableau de synthèse conceptuelle

Axe rhétorique Principe fondamental Fonction expressive
Pensée rhétorique Le langage musical est indissociable de la rhétorique La musique est conçue comme un discours destiné à agir sur l’auditeur
Phrasé – articulation – dynamique Paramètres envisagés comme outils expressifs Organisation du discours musical en vue de l’expression
Consonance / dissonance Interaction structurante du discours La dissonance crée la tension ; la consonance rétablit l’équilibre
Mise en forme dynamique Hiérarchisation des événements sonores Les passages dissonants appellent une mise en relief expressive
Souplesse rythmique Dimension essentielle de la performance rhétorique Vitalité, direction et respiration du discours musical
Inégalité rythmique Pratiques paneuropéennes historiquement attestées Renforcement de la direction mélodique et de l’expressivité
Ornementation Intégrée au cadre rhétorique Les ornements brefs (appoggiatures) agissent comme dispositifs expressifs
Finalité expressive Mouvoir les affections de l’auditeur La musique vise l’action émotionnelle, non la décoration

Architecture pédagogique et trajectoire d’apprentissage

La philosophie pédagogique qui sous-tend la méthode s’articule autour d’une structure progressive qui réduit graduellement l’instruction explicite au profit d’une autonomie informée. Les premières sections offrent un encadrement détaillé, tandis que les étapes ultérieures adoptent une voix éditoriale délibérément retenue, invitant l’étudiant à assumer la responsabilité de ses choix interprétatifs.

Le Luth Doré

La méthode s’adresse explicitement à des instrumentistes disposant déjà d’une expérience préalable avec les instruments de la famille du luth ou la guitare classique. L’accent est mis sur le processus d’apprentissage lui-même, plutôt que sur l’accumulation de répertoire, et les étudiants sont encouragés à entrer en contact direct avec les manuscrits historiques au-delà du matériau fourni.


Basse continue et pratique d’ensemble

Scène d’intérieur représentant une chanteuse et un joueur de luth interprétant un duo, peinte par Gerard ter Borch au XVIIᵉ siècle.
Gerard ter Borch (1617–1681), Le Duo : chanteuse et joueur de luth, huile sur toile, vers 1658–1660. Musée du Louvre, Paris

L’inclusion d’une introduction à la basse continue sur le luth baroque accordé en ré mineur étend la portée de l’ouvrage au-delà de la pratique soliste. En dotant les étudiants des outils techniques et stylistiques nécessaires au jeu de continuo, la méthode inscrit le luth baroque dans son écosystème musical élargi et renforce sa fonction collaborative.

Le Luth Doré

Une contribution distincte à la pédagogie moderne du luth

Dans le champ de la pédagogie moderne du luth, cet ouvrage se distingue par son intégration soutenue de l’efficacité physique et de l’expression rhétorique. Là où d’autres méthodes peuvent privilégier le répertoire ou des généralisations stylistiques, l’approche de Croton insiste sur la dépendance mutuelle du geste et du sens.

Le Luth Doré

Conclusion : la technique au service de la rhétorique

La portée scientifique et pédagogique de A Method for the Baroque Lute Based on Historical Sources réside dans sa synthèse holistique de la recherche archivistique et de la pratique incarnée. Plutôt que d’enseigner les mécanismes de l’instrument de manière isolée, Peter Croton propose une voie permettant de comprendre le luth baroque comme un médium rhétorique.

En ancrant chaque instruction technique dans une pratique historique documentée, la méthode s’impose comme une référence majeure pour l’étude de l’instrument. Elle dissout en définitive la frontière perçue entre technique et interprétation, en proposant un modèle d’exécution à la fois stylistiquement fidèle et expressivement convaincant.


Le Luth Doré

A Method for the Baroque Lute Based on Historical Sources

€129,95 EUR


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Peter Croton — Parcours et enseignement
Peter Croton est un luthiste, pédagogue et chercheur suisse-américain, reconnu internationalement pour son engagement dans la redécouverte des pratiques d’interprétation historiques. Après des études aux États-Unis et en Europe, il s’est imposé comme l’un des principaux interprètes et enseignants du luth et du théorbe, aussi bien comme soliste que comme accompagnateur.

Il a enseigné pendant de nombreuses années à la Schola Cantorum Basiliensis à Bâle et à la Hochschule der Künste Bern, où il a formé plusieurs générations de luthistes et de continuitistes. Son activité de concertiste et de musicien enregistré — saluée par la critique internationale — s’accompagne d’une réflexion approfondie sur la rhétorique musicale et la pédagogie.

Auteur de plusieurs ouvrages de référence, dont A Method for the Renaissance Lute et A Method for the Baroque Lute, publiés par Le Luth Doré Urtext Editions, il poursuit une œuvre située au croisement de la recherche historique et de l’expression artistique, fidèle aux idéaux humanistes de la musique ancienne.

Ce guide réfléchi et progressif pour l’apprentissage du luth baroque aborde tous les aspects, de l’histoire et de la technique à la kinésiologie et à l’interprétation. Un ouvrage indispensable pour quiconque commence son parcours sur ce magnifique instrument.

Talitha Cumi Witmer
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Luthiste et pédagogue Américaine
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