John Dowland (1563–1626) — The Complete Works for Lute Solo and Duet
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- 1.
Une nouvelle édition de référence pour luth solo et duets
- 2. John Dowland, 1626–2026 : un compositeur au centre du répertoire
- 3. Après Poulton & Lam : pourquoi une nouvelle édition ?
- 4. Le placement des lettres de tablature : pratique manuscrite et convention imprimée
- 5. Une architecture claire, pensée pour les luthistes
- 6. Sources, manuscrits et imprimés : au plus près de Dowland
- 7. Urtext, doigtés et graces : une édition pour jouer
- 8. Le Luth Doré Urtext Editions : une fabrication à la hauteur du contenu
- 9. Les artisans de l’édition : Nigel North et ses collaborateurs
- 10. Un livre à la fois scientifique et profondément musical
- 11. John Dowland (1563–1626)
- 12. L’intégrale des œuvres de Dowland enregistrée par Nigel North
Une nouvelle édition de référence pour luth solo et duets
À l’occasion du 400ᵉ anniversaire de la mort de John Dowland (1563–1626), Le Luth Doré Urtext Editions publie une édition monumentale : John Dowland – The Complete Works for Lute Solo and Duet, éditée par Nigel North.
Ce projet, attendu depuis plusieurs décennies par les luthistes et les chercheurs, propose pour la première fois l’intégralité de l’œuvre pour luth solo et duets de Dowland, organisée de façon pratique pour l’interprète moderne, fondée sur un examen systématique des sources et accompagnée d’un vaste appareil critique.
Les préventes de ce volume de référence s’ouvrent maintenant ; l’ouvrage paraîtra à temps pour les commémorations de 2026, avec une publication prévue vers la fin du premier trimestre.
John Dowland, 1626–2026 : un compositeur au centre du répertoire
Figure majeure de la musique élisabéthaine et jacobéenne, John Dowland occupe une place unique dans l’histoire du luth. Né en 1563, probablement en Angleterre ou en Irlande, il se forme à Paris puis voyage à travers l’Europe avant d’être engagé à la cour de Christian IV de Danemark (1598–1606). De retour en Angleterre, il obtient en 1612 le poste tant convoité de « musician for the lute » à la cour royale.
Son œuvre vocale – les Songs or Ayres – et ses pièces instrumentales ont profondément marqué l’imaginaire musical de son temps. La mélancolie, si caractéristique de la culture élisabéthaine, trouve chez lui une expression emblématique : Flow, my tears, In darkness let me dwell, Lachrimæ, or Seven Teares, ou encore la fameuse pavane Semper Dowland, semper dolens.
Le catalogue de Dowland compte environ 220 œuvres, dont un noyau central pour luth solo et duets qui constitue aujourd’hui le cœur du répertoire des luthistes. C’est précisément ce corpus que cette nouvelle édition rassemble, organise et éclaire.
Après Poulton & Lam : pourquoi une nouvelle édition ?
Depuis 1974, l’édition de Diana Poulton et Basil Lam (The Collected Lute Music of John Dowland, Faber) a constitué un outil indispensable pour la diffusion et la connaissance de l’œuvre de John Dowland. Elle a permis à plusieurs générations de luthistes de découvrir ce répertoire et demeure, à ce titre, une référence historique majeure dans l’histoire des études dowlandiennes. Cependant, cette édition n’était pas conçue comme un corpus fermé et structuré selon une logique éditoriale unifiée au sens actuel.
Dans les décennies suivantes, l’état de la recherche a profondément évolué. La numérotation dite « D », introduite par Dawn Grapes, a constitué une avancée majeure pour la recherche, en fournissant un outil analytique et catalographiqueessentiel à l’identification des œuvres et à la mise en relation des sources. Ce système, largement adopté dans la littérature scientifique, s’inscrit dans la logique d’un catalogue global de l’œuvre.
La présente édition s’inscrit dans une perspective différente. Elle n’a pas pour objectif de remplacer les catalogues existants, mais de proposer une structuration éditoriale propre à un corpus précisément défini.
Elle répond à une nécessité d’une autre nature : définir un corpus clairement délimité et cohérent des œuvres pour luth seul et duo de luths de John Dowland, organisé selon une logique éditoriale unifiée et directement orientée vers la pratique instrumentale.
Dans cette perspective, la numérotation introduite par Nigel North — le système Le Luth Doré (LLD 1–90) — ne constitue pas un simple réordonnancement, mais une architecture interne du corpus. Elle repose sur une délimitation explicite des œuvres retenues, une hiérarchisation des sources et une organisation structurée du répertoire.
Un aspect décisif de ce système réside dans la distinction claire entre le corpus principal, les attributions douteuses et les versions alternatives, ces dernières étant maintenues en dehors de la séquence principale. Cette approche permet d’établir, pour la première fois, un cadre stable et cohérent pour la pratique et l’étude du répertoire.
Les numéros D sont conservés entre parenthèses comme repères de concordance, afin de permettre une identification immédiate des œuvres par rapport à la littérature existante. Leur maintien répond à un souci de lisibilité et de continuité, et s’inscrit dans une relation de complémentarité avec les systèmes de référence déjà établis.
Par sa cohérence interne, sa délimitation explicite du corpus et son usage direct tant dans l’édition que dans la pratique, la numérotation LLD propose un cadre structurant, destiné à faciliter durablement l’étude, la transmission et l’interprétation du répertoire pour luth de John Dowland.
Un catalogue identifie les œuvres ; une édition les organise.
Le placement des lettres de tablature : pratique manuscrite et convention imprimée
La question du placement des lettres de tablature — sur les lignes ou dans les interlignes — constitue depuis longtemps une source d’incertitude, en particulier lorsqu’il s’agit de comparer les traditions manuscrites et imprimées.
I. Pratique manuscrite anglaise : le cas du Matthew Holmes Lute Book
Pavan Solus cum sola (Matthew Holmes Lute Book, Cambridge, University Library, MS Dd.2.11, f. 58v ; LLD 3 [D 10]) fournit à cet égard un témoignage particulièrement éclairant.
Dans cette source — représentative d’une pratique manuscrite anglaise de la fin du XVIe siècle — le système n’est pas entièrement uniforme, mais une tendance nette peut être observée. Les lettres de la chanterelle, qui porte la ligne mélodique supérieure, sont systématiquement notées dans l’interligne. Les autres chœurs présentent une variabilité constante de placement, alternant entre lignes et interlignes sans aucun système stable.
Cette flexibilité interne montre que, dans la pratique manuscrite, le placement vertical n’était pas régi par une règle stricte, mais relevait d’une approche pragmatique.
II. Un cas autographe exceptionnel : Dowland lui-même
Un témoignage beaucoup plus rare est fourni par les sources autographes de John Dowland. Parmi celles-ci, My Lady Hunsdon’s Puffe (LLD 51 [D 54]) constitue la seule pièce complète conservée de sa main, signée à la fin.
Dans ce manuscrit (Folger Shakespeare Library, MS V.b.280, f. 22v), la notation ne présente aucun système stable de placement : les lettres alternent entre lignes et interlignes sans organisation régulière. La seule constante observable — comme dans d’autres sources manuscrites — est que la chanterelle, portant la ligne mélodique supérieure, est systématiquement notée dans l’interligne.
III. La tradition imprimée : normalisation du placement des lettres
En revanche, la tradition imprimée de la fin du XVIe siècle présente un système nettement plus régularisé. Dans William Barley’s A New Booke of Tabliture (London : William Barley, 1596), généralement considéré comme le premier recueil imprimé substantiel de tablature de luth publié en Angleterre, le placement des lettres de tablature est systématiquement normalisé dans les interlignes.
Le même principe se retrouve dans A Varietie of Lute Lessons (London : Robert Dowland, 1610), où l’organisation visuelle de la tablature confirme cette convention typographique stabilisée.
Cette normalisation est encore plus nettement affirmée dans les recueils imprimés de chansons de John Dowland. Dans The First Booke of Songes or Ayres (London : Peter Short, 1597), par exemple dans Come, Heavy Sleepe, les lettres de tablature sont systématiquement placées dans les interlignes. La gravure reflète une convention stable et délibérée, appliquée de manière cohérente dans l’ensemble des recueils.
Cette approche est également adoptée dans l’édition moderne de Diana Poulton (The Collected Lute Music of John Dowland, Faber, 1974), qui place elle aussi les lettres dans les interlignes, en continuité avec la tradition imprimée.
La distinction est donc fondamentale : les sources manuscrites témoignent d’une certaine souplesse positionnelle, tout en suggérant déjà une préférence pour le placement dans les interlignes, tandis que les sources imprimées établissent un modèle constant et normatif.
Selon John Griffiths, musicologue australien et l’un des plus éminents spécialistes de la tablature de la Renaissance, cette évolution peut également s’expliquer par des considérations typographiques pratiques. Dans sa future Encyclopaedia of Tablature, codirigée avec David Dolata et Philippe Vendrix et dont la publication est prévue chez Brepols en 2026, Griffiths associe la préférence croissante pour le placement des lettres dans les interlignes aux innovations typographiques introduites par Robert Granjon lors de sa brève collaboration avec Michel Fezandat en 1550–1551. Au-delà de son élégance visuelle, ce système permettait de réduire de manière significative le nombre de caractères mobiles nécessaires à l’impression de chaque page.
Pour des raisons de clarté, de cohérence et d’alignement avec la tradition imprimée principale de l’époque—en particulier celle des propres publications de Dowland—la présente édition adopte le placement des lettres de tablature dans les interlignes.
Une architecture claire, pensée pour les luthistes
L’édition rassemble l’ensemble des pièces pour luth solo et duets dans un corpus cohérent, distribué en grandes parties facilement identifiables.
La numérotation Le Luth Doré repose sur une organisation rigoureusement structurée du corpus par genres, chaque catégorie occupant une plage numérique clairement définie. Cette architecture confère à chaque numéro LLD une valeur immédiatement informative. Les pavans occupent les numéros LLD 1–14, les galliards LLD 15–43, les almainsLLD 44–55, les corantos, jigs and toys LLD 56–63, les ballad tune settings LLD 64–74, les préludes et fantasiesLLD 75–82, les duets pour deux luths LLD 83–87, et les trois pièces reconstruites à partir de Thomas SimpsonLLD 88–90. Les appendices, consacrés aux œuvres d’attribution incertaine, aux versions alternatives et aux pièces non retenues, sont volontairement exclus de cette numérotation principale.
Par cette organisation, le système LLD ne se contente pas d’identifier les œuvres : il rend visible la structure même du répertoire pour luth de Dowland, et permet d’en appréhender immédiatement la logique interne, tant du point de vue analytique que de la pratique instrumentale.
Le Table of Works présente notamment :
- Part I: Pavans — De Lachrimae (D 15) à Pavana Johan Douland (D 94), en passant par Semper Dowland, Semper Dolens (D 9), La mia Barbara (D 95) et Lady Leighton’s Pavan / A Dream (D 75)
- Part II: Galliards — De Piper’s Galliard (D 19) à Galliard to Lachrimae (D 46), en incluant The Frog Galliard (D 23), Awake sweet love (D 24/92), The Earl of Essex / Can she excuse (D 42), Lady Rich’s Galliard / Dowland’s Bells (D 43), The Queen’s Galliard (D 97), The King of Denmark’s Galliard / The Battle Galliard (D 40), etc.
- Part III: Almains — De Almain (D 49) à Mr Dowland’s Midnight (D 99), en passant par Mrs White’s Choice / Mistris White’s Thing (D 50), Sir John Smith’s Almain (D 47), Lady Laiton’s Almain (D 48), My Lady Hunsdon’s Puffe (D 54), Mrs Clifton’s Almain (D 53), Lord Strange’s March (D 65), Sir Henry Guilforde his Almaine (D 111)
- Part IV: Corantos, Jigs and Toys — De Mrs White’s Nothing (D 56), Mrs Winter’s Jump (D 55), Tarleton’s Resurrection (D 59), Tarleton’s Jigge (D 81), A Coye Toye / Mrs Vaux’s Gigge (D 57/80), jusqu’à The Shoemaker’s Wife, a Toy (D 58)
- Part V: Ballad Tune Settings — Orlando Sleepeth (D 61), Fortune my Foe (D 62), Go from my window (D 64), My Lord Willoughby’s Welcome Home (D 66), Walsingham (D 67), Aloe (D 68), Loth to depart (D 69), Sweet Robin (D 70), What if a day (D 79), Une jeune fillette (D 93), Monsieurs Almaine (D 113)
- Part VI: Preludium and Fantasies — Preludium (D 98), puis les sept Fantaisies (D 1 à D 7), cœur du Dowland “instrumentiste”
- Part VII: Lute Duets — My Lord Chamberlaine, his Galliard (D 37), Dowland’s Round Battle Galliard (D 39), My Lord Willoughby’s Welcome Home (D 66), deux versions de Fortune my Foe (D 63, D 63c) pour deux luths
- Part VIII: Three Pieces Reconstructed from Simpson — À partir du Taffel-Consort de Thomas Simpson (Hambourg, 1621) : une Pavan pour deux luths, un Coranto (Were every thought an eye, D 185), une Volta (D 110), tous reconstruits pour deux luths
À ces huit parties principales s’ajoutent trois appendices d’une importance considérable :
- Appendix I : pièces non attribuées ou d’attribution douteuse, mais possiblement de Dowland (par exemple, plusieurs Pavans du Thesaurus Gratiarum de Mylius, 1622)
- Appendix II : versions alternatives des pièces présentes dans plusieurs sources, précieuses pour la comparaison et la pratique historique (Piper’s Pavan, The Frog Galliard, The Earl of Essex, Lady Rich’s Galliard, etc.)
- Appendix III : liste des pièces non incluses, pour clarifier le périmètre de l’édition
L’ensemble forme un parcours complet, du corpus central le plus solidement attribué jusqu’aux zones plus incertaines, présentées avec prudence et transparence.
Sources, manuscrits et imprimés : au plus près de Dowland
L’édition repose sur une cartographie très précise des sources, présentée dans une List of Sources and Abbreviations structurée en quatre groupes :
- Manuscrits d’origine anglaise : Le noyau le plus proche de Dowland : les livres de luth de Matthew Holmes (Dd.2.11, Dd.5.78.3, Dd.9.33, Nn.6.36), le Jane Pickeringe Lute Book, le Margaret Board Lute Book, le Mynshall et le Sampson Lute Book, le manuscrit de Cherbury, le Welde Lute Book, ainsi que le précieux Folger–Dowland (US-Ws Ms V.b.280), qui conserve des autographes de Dowland, dont My Lady Hunsdon’s Puffe (D 54) et le fragment de Mrs Clifton’s Almain (D 53).
- Sources imprimées anglaises : Les livres de chansons de John Dowland (First Booke, Second Booke, Third Booke, A Pilgrimes Solace), la collection de Robert Dowland Varietie of Lute-Lessons (1610), A Musicall Banquet (1610), et les publications de William Barley, Holborne, etc.
- Manuscrits continentaux : Témoignages de la circulation européenne de la musique de Dowland : manuscrits de Schele, Grünbühel, Hainhofer, Thysius, Montbuysson, Per Brahe, Loss, diverses sources de Nuremberg, Leipzig, Cracovie, Lviv, etc. Certains reflètent très fidèlement des modèles anglais ; d’autres témoignent de versions transformées, allongées, recomposées, ou d’un souvenir plus lointain du texte original.
- Sources imprimées hors d’Angleterre : Les grands recueils de Besard, Francisque, Fuhrmann, Mertel, Mylius, Vallet, ainsi que les volumes de Thomas Simpson dont sont issues les reconstructions pour deux luths.
L’Introduction distingue plusieurs “niveaux” d’attribution à Dowland : autographes, imprimés sous son nom ou celui de son fils, manuscrits anglais contemporains, sources plus éloignées géographiquement ou chronologiquement. L’édition assume ainsi la complexité historique, tout en proposant une hiérarchie claire des sources et du degré de certitude.
Urtext, doigtés et graces : une édition pour jouer
L’un des apports majeurs de cette édition tient à son orientation résolument pratique :
- Toutes les pièces sont données en tablature française uniquement, sans transcription sur portée, afin d’offrir une lisibilité maximale au luthiste.
- Lorsque les sources originales sont en tablature italienne ou allemande, elles ont été transcrites en tablature française, mais les différences significatives de texte sont documentées et comparées.
- Chaque pièce est éditée à partir d’une source principale, clairement identifiée ; toutes les corrections, normalisations ou compléments sont signalés en détail dans le Critical Commentary (plus de soixante pages d’observations, de variantes, de corrections et de tableaux de concordances).
- Les doigtés et signes d’ornementation (graces) sont conservés tels qu’ils apparaissent dans les sources ; ils sont un matériau précieux pour la pratique historique.
Un chapitre spécifique, A Guide to Left Hand Graces, propose une synthèse très claire des principaux ornements de main gauche (trills, shakes, falls, combinaisons) tels qu’on les rencontre dans les manuscrits anglais, mais aussi dans des sources comme le manuscrit de Grünbühel ou le Folger–Dowland. Les cinq graces principales y sont décrites, illustrées et mises en relation avec les systèmes de notation propres à chaque manuscrit (6402, M.L. Lute Book, Sampson, Board, Folger, etc.).
Ce guide s’appuie notamment sur l’article fondamental de Martin Shepherd, “The Interpretation of Signs for Graces in English Lute Music” (The Lute, 36, 1996) et rend ces recherches immédiatement utiles pour l’interprète : comment lire concrètement ces signes en jouant Dowland aujourd’hui.
Le Luth Doré Urtext Editions : une fabrication à la hauteur du contenu
Les volumes Le Luth Doré® Urtext Editions se distinguent par un ensemble de caractéristiques qui font de ces livres de véritables outils de travail durables :
- gravure musicale soignée, lisible, esthétiquement harmonieuse ;
- mise en page pensée pour le jeu (tournures de pages, groupement des systèmes, cohérence des indications) ;
- œuvres en tablature italienne également proposées en tablature française, pour ne pas priver les luthistes francotabulistes de ce répertoire ;
- matériaux haut de gamme : papier épais et opaque, reliure robuste, couverture durable adaptée à un usage intensif ;
- préfaces, commentaires critiques et notes explicatives en plusieurs langues (anglais, français, éventuellement autres), à la fois pour les musiciens et pour les chercheurs.


Le principe urtext est appliqué avec rigueur : comparaison systématique des sources, correction des erreurs manifestes (y compris dans les manuscrits autographes), signalement des passages incertains, restitution des doigtés et ornements. Là où les sources sont muettes, des suggestions discrètes de maîtres modernes viennent enrichir la réflexion de l’interprète, sans jamais s’imposer comme “la seule solution”.
Cette collection est dédiée à la mémoire de William H. Roberts († 2024), cofondateur du Le Luth Doré et inspirateur du projet, dont la vision fait de ces volumes des références durables pour toute la communauté du luth.
Les artisans de l’édition : Nigel North et ses collaborateurs
Nigel North, luthiste, pédagogue et auteur, travaille depuis plus de cinquante ans sur le répertoire du luth, avec une intimité exceptionnelle avec les œuvres de Johann Sebastian Bach et de John Dowland. Professeur à Indiana University (Bloomington) pendant près d’un quart de siècle, puis actif à travers l’Europe, il a consacré de nombreux concerts, enregistrements et publications au corpus de Dowland, qu’il explore de manière continue depuis plusieurs décennies.
Son travail sur Dowland ne relève pas d’un projet ponctuel, mais d’une fréquentation de long terme, nourrie par l’étude systématique des sources, par l’expérience de la scène et par une réflexion constante sur la transmission du répertoire. Cette édition complète constitue ainsi l’aboutissement d’un cheminement intellectuel et artistique mûri sur plusieurs générations de pratique, prolongeant ses recherches antérieures sur les transcriptions bachiennes et sur la pratique du continuo.
L’édition repose sur une réflexion approfondie et cohérente, portant notamment sur la lecture et l’interprétation des tablatures, la hiérarchie et la fiabilité relative des sources, la réalisation des grâces et du phrasé, ainsi que sur le délicat équilibre entre fidélité philologique et lisibilité moderne. Les choix éditoriaux de Nigel North, loin d’être accessoires, structurent l’ensemble de l’ouvrage et en déterminent l’orientation esthétique et musicologique.
À ses côtés, Jean-Daniel Forget, informaticien et luthiste, intervient dans la copie, l’organisation et la vérification attentive de la tablature. Sa familiarité avec les manuscrits des XVIIᵉ–XVIIIᵉ siècles, ainsi que son expérience pratique de la transcription pour luth et guitare, contribuent à la régularité de la présentation et à la fiabilité matérielle du texte musical. Ce travail de préparation et de contrôle, mené avec constance et précision, accompagne concrètement la réalisation de l’édition et en assure la bonne exécution.
À un stade antérieur du projet, des transcriptions numériques préliminaires et des relevés de sources préparés par Richard Civiol ont été consultées comme matériel de travail. Ces matériaux ont ensuite été entièrement révisés, corrigés et restructurés dans le cadre éditorial actuel.
Mon amour pour la musique de John Dowland, et la place centrale qu’elle occupe dans l’histoire du luth, expliquent pourquoi ce fut un privilège de participer à cette nouvelle édition de l’intégrale de sa musique pour luth. Ce fut également un réel plaisir de travailler avec son éditeur, Nigel North. Il a réalisé un ouvrage exemplaire, nourri à la fois par sa connaissance intime des sources et par sa longue expérience en tant que l’un des plus grands interprètes de Dowland.
Dès les premières étapes du projet, John Griffiths, luthiste, musicologue et éditeur australien, a accompagné cette édition en qualité de conseiller scientifique. Figure majeure de la musicologie des cordes pincées de la Renaissance, et spécialiste internationalement reconnu de la vihuela et des premières sources pour luth, il a suivi l’évolution éditoriale de l’ouvrage avec une attention constante, apportant un regard critique d’une grande finesse, fondé sur des décennies de recherche et d’expérience éditoriale. Sa présence tout au long du processus a contribué de manière décisive à l’orientation intellectuelle du projet et à la maturité de ses choix musicologiques.
L’édition a également bénéficié du regard expert d’une équipe internationale de luthistes et chercheurs de tout premier plan. Chacun d’eux a apporté son expérience, sa sensibilité musicale et sa connaissance approfondie des sources anciennes :
• Anthony Bailes – Luthiste britannique, élève de Diana Poulton et Gustav Leonhardt, l’une des figures fondatrices du renouveau du luth au XXᵉ siècle
• Sam Brown – Luthiste, archiluthiste et guitariste britannique, membre fondateur de Dowlands Foundry et spécialiste du répertoire des lute songs
• Sam Chapman – Chercheur, éditeur et interprète britannique, reconnu pour ses travaux sur les sources anglaises pour luth du XVIᵉ et début XVIIᵉ siècle
• Peter Croton – Luthiste, théorbiste et pédagogue américain, professeur honoraire à la Schola Cantorum Basiliensis, auteur de plusieurs ouvrages de référence sur la pratique historique
• Michał Gondko – Luthiste polonais, spécialiste des répertoires et des sources de la Renaissance ; actif notamment au sein de l’ensemble La Morra
• Jacob Heringman – Interprète et enseignant britannique, figure majeure de la musique pour luth de la Renaissance, connu pour ses enregistrements de manuscrits rares
• Daniel Murphy – Luthiste irlandais actif dans la recherche et l’interprétation, collaborant avec de nombreux ensembles spécialisés
• Ryosuke Sakamoto – Luthiste et musicologue japonais, spécialiste des traités et de la notation de la Renaissance
• Lynda Sayce – Luthiste et chercheuse britannique, autrice de nombreux articles sur la facture et l’histoire du luth.
Leur contribution collective a permis d’affiner de nombreux détails, de valider des lectures complexes et d’assurer une cohérence philologique exemplaire. Nous leur exprimons ici notre profonde gratitude.
Un livre à la fois scientifique et profondément musical
Ce volume n’est ni une simple réimpression, ni une compilation de textes déjà connus. Il propose :
- une lecture renouvelée de l’œuvre pour luth de Dowland, à la lumière des recherches les plus récentes
- une organisation pragmatique par genres et types de luth, permettant d’entrer dans ce répertoire avec une réelle progression
- un commentaire critique détaillé, mais lisible, qui ne s’adresse pas seulement aux philologues, mais aussi aux interprètes
- un guide des graces et des doigtés qui relie directement la théorie des sources à la pratique instrumentale
- un objet éditorial à la hauteur de l’importance de Dowland pour notre instrument
Pour tous ceux à qui Semper Dowland, semper dolens — « toujours Dowland, toujours mélancolique » — évoque quelque chose, cette édition marque un jalon important. Sans minimiser la place de la mélancolie, bien réelle dans certaines œuvres devenues emblématiques telles que Lachrimæ ou Semper Dowland, semper dolens, elle invite à dépasser une image partielle du compositeur, longtemps dominante.
Loin de se réduire à une esthétique de la plainte, l’œuvre pour luth de Dowland est majoritairement habitée par une écriture vive, lumineuse et chantante. Non seulement dans les toys et les jigs, mais dans une large part des galliards et des almains, où l’invention mélodique, l’énergie rythmique et le plaisir instrumental occupent une place centrale. En rendant accessibles l’ensemble de ces pièces dans un cadre éditorial cohérent, cette édition permet d’appréhender pleinement la tension féconde entre la joie et la mélancolie qui traverse l’œuvre de Dowland et en constitue l’un des traits les plus singuliers.
Elle offre ainsi, pour la première fois, la possibilité d’aborder l’intégralité du corpus pour luth solo et duets avec une sécurité textuelle, une clarté de présentation et un confort de lecture qui n’avaient encore jamais été réunis dans un seul volume, et ouvre la voie à une compréhension plus juste, plus riche et plus nuancée de l’art de Dowland.
John Dowland (1563–1626)
The Complete Works for Lute Solo and Duet
154,95 €
L’intégrale des œuvres de Dowland enregistrée par Nigel North
Au milieu des années 2000, Nigel North a réalisé pour le label Naxos l’enregistrement de l’intégrale de la musique pour luth de John Dowland, publiée sous la forme d’un coffret de quatre CD. Ce projet, enregistré à Toronto sous la direction du producteur Norbert Kraft, constitue l’une des références discographiques majeures consacrées à ce répertoire.
Loin de toute approche démonstrative, l’interprétation de Nigel North se distingue par sa sobriété, sa clarté polyphonique et son sens aigu de la rhétorique instrumentale. Fondée sur une connaissance approfondie des sources manuscrites et imprimées, cette intégrale propose une lecture cohérente et équilibrée de l’ensemble des genres cultivés par Dowland pour le luth.
Par sa rigueur musicale et son autorité stylistique, cet enregistrement a durablement marqué la réception moderne de l’œuvre de Dowland et demeure aujourd’hui encore un point de référence pour les interprètes comme pour les chercheurs.
Dans cette vidéo, Nigel North interprète la musique pour luth de John Dowland issue de son enregistrement pour Naxos ; réalisé à Toronto au milieu des années 1990, ce coffret de quatre CD a été produit par Norbert Kraft.